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Neuroplasticité et BDNF : comment les terpènes peuvent soutenir la plasticité cérébrale

Le BDNF régule la neuroplasticité, la dépression et la cognition. Terpènes inducteurs de BDNF, mécanismes TrkB et données disponibles pour les professionnels.

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Le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) est le facteur neurotrophique le plus étudié du cerveau humain. Sa réduction est associée à la dépression, au déclin cognitif, à la maladie d'Alzheimer et aux effets négatifs du stress chronique. Son augmentation est un mécanisme commun de plusieurs interventions bénéfiques : exercice physique, antidépresseurs, apprentissage, jeûne intermittent. Certains terpènes pourraient partager ce mécanisme.


BDNF : physiologie et fonctions cérébrales

Structure et récepteurs

Le BDNF est un membre de la famille des neurotrophines (avec NGF, NT-3, NT-4). Il est synthétisé sous forme de proBDNF (35 kDa) qui est clivé en BDNF mature (14 kDa) par des protéases extracellulaires (MMP-9, tPA/plasmine).

Récepteur TrkB (Tropomyosin receptor kinase B) : le récepteur de haute affinité du BDNF mature. Tyrosine kinase transmembranaire. Son activation déclenche une cascade de signalisation intracellulaire : PLCγ → PKC ; Ras → MAPK/ERK (survie et différenciation neuronale) ; PI3K/Akt (survie cellulaire, inhibition de l'apoptose).

Récepteur p75NTR (Low-affinity neurotrophin receptor) : récepteur de faible affinité liant le proBDNF avec forte affinité. L'activation p75NTR par le proBDNF produit des effets pro-apoptotiques — l'opposé du BDNF mature.

Fonctions biologiques du BDNF

Neurogenèse adulte : le BDNF est essentiel à la production et à la survie des nouveaux neurones dans le gyrus dentelé de l'hippocampe (zone de neurogenèse adulte principale chez les mammifères). Une réduction de BDNF hippocampique réduit la neurogenèse.

Plasticité synaptique (LTP) : le BDNF est libéré lors de l'activité neuronale intense et potentialise la potentialisation à long terme (LTP) — le mécanisme cellulaire de l'apprentissage et de la mémoire. Il augmente la synthèse de nouvelles protéines synaptiques nécessaires à la consolidation de la mémoire à long terme.

Survie neuronale : BDNF → TrkB → PI3K/Akt → phosphorylation de BAD (protéine pro-apoptotique) → réduction de l'apoptose neuronale. Protège contre l'excitotoxicité, le stress oxydatif, et la neurotoxicité.

Régulation de l'humeur : la "théorie neurotrophique de la dépression" propose que la réduction du BDNF hippocampique, notamment causée par le stress chronique (le cortisol inhibe la production de BDNF via activation GR → répression du gène BDNF), contribue à la dépression. Les antidépresseurs augmentent le BDNF dans l'hippocampe — potentiellement via un mécanisme commun à leurs effets thérapeutiques.


Stress chronique et BDNF : le mécanisme de la vulnérabilité

Le stress chronique réduit le BDNF hippocampique via plusieurs mécanismes :

Cortisol et récepteurs GR : le cortisol active les récepteurs GR qui répriment directement la transcription du gène BDNF via des éléments de réponse négatifs (nGRE) dans son promoteur.

Épigénétique : le stress chronique induit des modifications épigénétiques (méthylation du promoteur BDNF, déacétylation des histones) qui réduisent durablement l'expression de BDNF.

Réduction de la neurogenèse : la diminution du BDNF hippocampique réduit la neurogenèse, contribuant aux troubles de la mémoire et aux symptômes dépressifs du stress chronique.


Terpènes et BDNF : données disponibles

Linalol

Des études in vitro et in vivo limitées suggèrent que le linalol peut augmenter les niveaux de BDNF dans des conditions de stress.

Linck et al. (2010, Pharmacol Biochem Behav) : l'inhalation de linalol réduit les comportements anxieux ET augmente le BDNF dans le cortex préfrontal et l'hippocampe de souris soumises à un stress chronique imprédictible. La relation causale entre augmentation de BDNF et réduction d'anxiété n'est pas établie dans cette étude, mais la corrélation est intéressante.

Mécanisme hypothétique : la réduction de la réponse au stress (via GABA-A) → réduction du cortisol → levée de la répression GR sur le promoteur BDNF → augmentation de l'expression BDNF. Mécanisme indirect plausible.

Alpha-pinène et 1,8-cinéole

Des études sur l'extrait de romarin (riche en alpha-pinène et 1,8-cinéole) montrent une augmentation du BDNF cérébral dans des modèles animaux d'hypothyroïdie et de dépression. Les mécanismes exacts ne sont pas clairement élucidés.

Curcumine (non-terpène mais souvent combinée)

La curcumine est l'un des inducteurs naturels de BDNF les mieux documentés. Des essais cliniques randomisés montrent une augmentation des niveaux sériques de BDNF chez des patients dépressifs après 12 semaines de curcumine à 1000 mg/jour. Cette donnée est cliniquement robuste.

La curcumine agit via l'activation de CREB (cAMP response element-binding protein), qui est un activateur transcriptionnel du gène BDNF, et via l'inhibition de HDAC (histone deacetylases), qui augmente l'acétylation des histones au promoteur BDNF.


L'exercice physique : le standard auquel comparer

L'exercice physique aérobie est l'induction de BDNF la plus robuste connue. Une session de 30-60 minutes d'exercice modéré à intense augmente le BDNF sérique de 50-300% (pic dans les 30-60 minutes post-effort). L'exercice chronique produit des augmentations durables du BDNF hippocampique.

Mécanisme : lactate produit pendant l'exercice → expression de la protéine PGC-1α1 dans les muscles → libération de FNDC5 → clivage en irisine → passage BHE → induction de BDNF dans l'hippocampe.

Les terpènes qui pourraient induire le BDNF le font à des amplitudes très inférieures à l'exercice physique. Ils sont des adjuvants potentiels, pas des substituts.


BDNF sérique vs cérébral : quelle mesure est pertinente ?

Un point méthodologique important : la plupart des essais cliniques mesurent le BDNF sérique (dans le sang périphérique), mais c'est le BDNF cérébral (particulièrement hippocampique) qui est corrélé aux effets cognitifs et comportementaux.

La relation entre BDNF sérique et cérébral est positive mais imparfaite. Le BDNF traverse la BHE bidirectionnellement, et les plaquettes sanguines (qui stockent le BDNF) contribuent largement au BDNF sérique indépendamment du BDNF cérébral.

Les études qui mesurent le BDNF sérique après administration de terpènes donnent donc des informations limitées sur ce qui se passe réellement dans le cerveau.


Implications pratiques

Pour les professionnels : les données sur les terpènes et le BDNF sont prometteuses mais préliminaires. Les mécanismes indirects (réduction du cortisol → levée de la répression du gène BDNF) sont plausibles. Des essais cliniques humains mesurant spécifiquement le BDNF comme critère secondaire après administration de formulations terpéniques manquent.

Pour la communication : ne pas affirmer que les terpènes "augmentent le BDNF" sans qualification. La formulation correcte : "des mécanismes par lesquels certains terpènes réduisent le stress peuvent contribuer à préserver la production de BDNF hippocampique".

Pour la recherche : les études futures sur les terpènes anxiolytiques (linalol, BCP) devraient inclure le BDNF sérique comme critère secondaire exploratoire, avec des corrélations avec les améliorations cognitives et d'humeur.



Sources

  1. Bhagya V, et al. (2016). Brain-derived neurotrophic factor: a key molecule for memory in the healthy and the pathological brain. Frontiers in Cellular Neuroscience, 10, 4.
  2. Duman RS, Monteggia LM (2006). A neurotrophic model for stress-related mood disorders. Biological Psychiatry, 59(12), 1116–1127.
  3. Cotman CW, Berchtold NC (2002). Exercise: a behavioral intervention to enhance brain health and plasticity. Trends in Neurosciences, 25(6), 295–301.
  4. Lopresti AL, et al. (2014). Curcumin for the treatment of major depression: a randomised, double-blind, placebo controlled study. Journal of Affective Disorders, 167, 368–375.
  5. Linck VM, et al. (2010). Inhaled linalool-induced sedation in mice. Phytomedicine, 16(4), 303–307.

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