Myrcé

Phytochimie du cannabis et terpènes : ce que la recherche cannabinoïde a appris sur les terpènes botaniques

La recherche sur le cannabis a généré d'importantes données sur les terpènes partagés avec d'autres plantes. Ce que cette recherche enseigne sur les formulations post-CBD.

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La légalisation progressive du cannabis médical et récréatif dans de nombreux pays depuis 2010 a considérablement accéléré la recherche sur les terpènes du cannabis. Ces molécules — myrcène, linalol, BCP, limonène, alpha-pinène, terpinolène, ocimène — sont identiques ou très proches de celles présentes dans de nombreuses autres plantes. La recherche cannabinoïde est donc directement pertinente pour les formulations de terpènes botaniques post-CBD.


Le profil terpénique du Cannabis sativa : variété et signification

Composition terpénique du cannabis

Cannabis sativa est l'une des plantes les plus riches en terpènes monoterpéniques et sesquiterpéniques. Un plant de cannabis peut contenir plus de 200 terpènes différents, bien que 10 à 20 dominent généralement dans chaque variété (cultivar ou "strain").

Terpènes monoterpènes fréquents :

  • Myrcène (0-65% de l'HE selon les variétés)
  • Limonène (0-25%)
  • Alpha-pinène et bêta-pinène (0-15%)
  • Linalol (0-20%)
  • Terpinolène (0-25%)
  • Ocimène (0-15%)

Terpènes sesquiterpènes fréquents :

  • Bêta-caryophyllène (0-35%)
  • Humulène (alpha-caryophyllène, 0-15%)
  • Bisabolol (0-5%)
  • Nerolidol (0-5%)

La composition terpénique est déterminée par les gènes des terpène synthases, et varie considérablement entre les variétés : certaines sont dominées par le myrcène (profil "indica relaxant"), d'autres par le limonène (profil "citrus"), d'autres par le terpinolène ou le linalol.

Chromatographie des profils terpéniques

La GC/MS des profils terpéniques de cannabis a été extensivement étudiée. Des bases de données comme StrainSEEK (Phylos Bioscience) ou les catalogues des producteurs légaux (Colorado, Canada, Pays-Bas) fournissent des profils terpéniques détaillés de milliers de variétés.

Cette documentation systématique a permis d'identifier des corrélations entre profils terpéniques et effets subjectifs rapportés par les utilisateurs — bien que ces corrélations soient confondues par les effets des cannabinoïdes.


Ce que la recherche cannabis a appris sur les terpènes individuels

Le myrcène : la réinterprétation du "couch-lock"

Le myrcène est le terpène dominant dans la plupart des variétés de cannabis à fort THC (jusqu'à 65% de l'HE des cônes). L'hypothèse populaire que des niveaux élevés de myrcène (>0.5%) dans une variété de cannabis produisent un effet "couch-lock" (lourdeur, sédation) est la plus citée dans la culture cannabis.

Données qui soutiennent cette hypothèse :

  • Les études de Rao et al. (1990) et Lorenzetti et al. (1991) sur des souris montrent des effets sédatifs dose-dépendants du myrcène.
  • Des études pharmacologiques montrent que le myrcène potentialise les effets des agonistes CB1 et des opioïdes endogènes.

Limites de la transposition clinique :

  • Les études animales utilisent des doses très élevées (100-200 mg/kg) non comparables à l'exposition via le cannabis consommé.
  • Aucun essai clinique humain randomisé contrôlé n'a directement testé l'effet du myrcène isolé sur la sédation à des doses physiologiques.
  • La composition en THC et autres cannabinoïdes confond les données des variétés de cannabis.

Conclusion pharmacologique raisonnable : le myrcène contribue probablement à la sédation dans des variétés à fort myrcène ET fort THC, mais son effet isolé à des doses de complément alimentaire est plus subtil.

Le linalol dans le cannabis : confirmations des études botaniques

Le linalol est présent dans de nombreuses variétés de cannabis mais rarement à des concentrations élevées. Son profil pharmacologique GABA-A établi à partir de la recherche sur la lavande (non-cannabis) est pleinement cohérent avec ce qu'on observe dans les variétés de cannabis riches en linalol.

Des analyses de corrélation entre profils terpéniques et effets rapportés par des patients utilisant du cannabis médical (notamment des études australiennes et canadiennes) montrent une tendance : les variétés riches en linalol sont plus fréquemment associées à des effets anxiolytiques et calmants que sédatifs.

Le BCP : confirmation de l'activité CB2 dans le contexte cannabis

La découverte de l'agonisme CB2 du BCP par Gertsch et al. (2008) a été faite dans le contexte de la recherche sur les terpènes du cannabis. Elle a depuis été pleinement confirmée et étendue à d'autres sources végétales de BCP (poivre noir, romarin, basilic).

Les études sur des variétés de cannabis riches en BCP montrent des effets anti-inflammatoires plus prononcés que les variétés pauvres en BCP, même à des niveaux similaires de cannabinoïdes. Cette "signature BCP" dans les effets anti-inflammatoires du cannabis soutient son rôle dans les formulations terpéniques post-CBD.


Les profils terpéniques et les "effets" des variétés de cannabis : séparation de la mythologie et de la science

L'hypothèse des "chémotypes" et ses limites

Dans la culture cannabis, les termes "indica" (effets relaxants, sédatifs) et "sativa" (effets énergisants, stimulants) sont omniprésents. L'hypothèse sous-jacente est que des profils génétiques distincts produisent des profils terpéniques et cannabinoïdiens distincts avec des effets distincts.

Réalité génomique : des analyses génomiques à grande échelle montrent que les termes "indica" et "sativa" tels qu'utilisés commercialement ne correspondent pas à des clades génétiques distincts. La plupart des variétés modernes sont des hybrides inextricables.

Réalité phytochimique : les profils terpéniques varient indépendamment de la classification indica/sativa. Un cultivar étiqueté "sativa" peut avoir un profil terpénique très riche en myrcène (supposément indica) et vice versa.

Ce qui est plus robuste : les profils terpéniques SPÉCIFIQUES (pas la classification indica/sativa) peuvent avoir des effets différenciés, mais ces effets sont confondus par les cannabinoïdes présents. Séparer les contributions respectives est méthodologiquement très difficile dans un contexte de consommation de cannabis entier.


Leçons pour les formulations terpéniques post-CBD

Ce que la recherche cannabis enseigne aux formulateurs post-CBD

1. La concentration relative des terpènes importe autant que leur présence. Une trace de linalol (0.1%) ne produit pas les mêmes effets que 20% de linalol. La recherche cannabis a appris à prendre les profils quantitatifs au sérieux.

2. Les interactions entre terpènes existent et sont pharmacologiquement plausibles. L'effet d'entourage terpénique est une hypothèse fondée dans le contexte cannabis ; les formulations multi-terpènes avec des ciblages complémentaires (CB2 + GABA-A + 5-HT3) reproduisent cette logique.

3. Les ratios comptent. Le rapport myrcène/linalol (sédatif vs anxiolytique) conditionne le profil "soir vs journée" d'une formulation. La recherche cannabis a développé une intuition de ces ratios que les formulateurs terpéniques peuvent adapter.

4. La standardisation est indispensable. La recherche cannabis a souffert de la variabilité entre lots et variétés. Les formulations terpéniques post-CBD qui utilisent des terpènes isolés standardisés évitent ce problème.

5. Les termes marketing ne remplacent pas les données analytiques. "Relaxant", "énergisant" ne signifient rien sans un profil analytique complet. La transparence de composition est un standard que la recherche cannabis a contribué à établir.



Sources

  1. ElSohly MA, Slade D (2005). Chemical constituents of marijuana. Life Sciences, 78(5), 539–548.
  2. Radwan MM, et al. (2017). Terpene composition of high-potency Cannabis sativa. Natural Product Communications, 12(2), 209–212.
  3. Fischedick JT, et al. (2010). Metabolomics analysis of Cannabis sativa using 1H-NMR spectroscopy. Phytochemistry, 71(17-18), 2058–2067.
  4. Lewis MA, et al. (2017). Pharmacological foundations of cannabis chemovars. Planta Medica, 83(18), 1216–1225.
  5. McPartland JM, Russo EB (2001). Cannabis and cannabis extracts: greater than the sum of their parts? Journal of Cannabis Therapeutics, 1(3-4), 103–132.

Pour aller plus loin : Effet d'entourage : les preuves scientifiques · Terpènes botaniques : le guide complet · Pharmacologie des terpènes